Rocks, dust and the gods.

Il faut du temps à chaque photographe pour trouver ce lieu de prédilection où il ne fait plus qu’un avec lui. Ce lieu où il n’y a plus de dedans ni de dehors, mais où règne une sorte de symbiose entre le photographe et son environnement.

Ce lieu intime où on se sent « comme chez soi ». Je ne sais pas si j’ai déjà vécu ce stade de l’existence au niveau photographique, mais Tour & Taxis est bel et bien le lieu qui m’a fait le plus éprouver cet état.

Je me rappelle très bien de la première fois ou mon regard à découvert ce lieu. Cela remonte à mes débuts à Bruxelles.

À cette époque je prenais souvent le bus pour me rendre chez l’une de mes ex, et il y avait un endroit précis du parcours qui offrait une vue surplombante de la plaine arrière de Tour & Taxis.

Cela m’avait directement fasciné. Depuis le siège du bus, je pouvais en un clin d’oeil prendre conscience de toute la dimension de cet espace, et quand la lumière était au rendez-vous cela se transformait en un tableau intemporel.

Connaissant peu Bruxelles, je n’avais aucune idée de quel lieu il s’agissait. Et au bout de quelques clics sur Google Map, j’avais trouvé la réponse à ma question.

La première fois que je m’y suis rendu, j’avais l’impression de me trouver à la croisée des chemins du temps et de l’espace. Au beau milieu de cette grande plaine « désertique », on se sent tout petit.

Les bruits de la ville sont loin. On s’y sent seul. On s’y sent bien. Je m’y sentais libre, sans la moindre pression de la ville. Ma créativité était libre. Tantôt l’ambiance était calquée sur les westerns de Sergio Leone, tantôt sur un film de science-fiction.

D’un côté, on peut voir les vieilles bâtisses délabrées aux couleurs chaudes et des bâtiments industriels. De l’autre, les trois grands hangars à l’architecture imposante et de couleur métallique vous sautent au regard.

Pour terminer, il y a au loin les grands buildings modernes perçant la ligne d’horizon, qui symbolisent le début d’un autre monde. En plein milieu de cette plaine, je me sentais hors du temps.

C’est avec Arnaud Lefebvre que mon premier shoot s’est déroulé. J’avais l’oeil tellement attiré partout que je ne voyais pas les heures passer.

Les vieilles poutres rugueuses, les hautes herbes, la terre, le sable, la brique, les bâtiments, le verre cassé, la grandeur du lieu, tout m’inspirait.

C’est d’ailleurs Arnaud qui a demandé quand on allait rentrer.

Depuis j’ai effectué une bonne série de shooting là-bas. Avec les modèles, nous avons bravé toutes les météos : la pluie, le gel, la neige, le vent et parfois, pour notre plus grand plaisir, le soleil! Enfin, niveau météo, les courageux, c’étaient eux! Je me plais à penser que c’est dans l’adversité qu’on a une chance d’atteindre l’authenticité. Merci à eux pour leur confiance. Merci pour ces moments.

Avec le temps j’ai également pu observer l’évolution des nombreux travaux sur le site. D’un côté, cela donne de nouvelles possibilités photographiques : mais de l’autre, cela donne la nostalgie d’un âge d’or révolu. La vie est en perpétuelle mutation, ce site n’échappe pas à la règle.

Voici une série généreuse essayant de retranscrire les énergies et les ambiances que j’ai ressenti là-bas à travers le prisme de la mode.